Chaque fin août, Chamonix devient le centre de gravité du trail running mondial.
Des milliers de coureurs, venus de plus de 100 pays, sâĂ©lancent sur les sentiers alpins pour vivre une expĂ©rience hors du commun : lâUltra-Trail du Mont-Blanc, ou UTMB.
Plus quâun ultra-trail mythique, lâUTMB est devenu en vingt ans un Ă©vĂ©nement planĂ©taire, une marque Ă part entiĂšre, un rĂȘve pour des dizaines de milliers de coureurs.
Comment cette course, nĂ©e en 2003 est-elle devenue le cĆur battant dâun sport qui ne cesse de se faire voir dans le paysage outdoor ? PlongĂ©e dans un phĂ©nomĂšne hors des sentiers battus (que j’ai eu le bonheur de dĂ©couvrir, et d’en devenir une vĂ©ritable addict).

Aux origines dâun mythe
Lâhistoire commence presque simplement. En 2003, Catherine et Michel Poletti, passionnĂ©s de montagne et dâultra-endurance, organisent la premiĂšre Ă©dition de lâUTMB : un tour complet du Mont-Blanc, en autonomie, en courant, sur plus de 160 km et 10 000 m de dĂ©nivelĂ© positif. LâidĂ©e est ambitieuse, presque folle : relier les vallĂ©es françaises, italiennes et suisses du massif en une seule boucle.
DĂšs la premiĂšre Ă©dition, le bouche-Ă -oreille fait son Ćuvre. Le parcours, les paysages, lâatmosphĂšre… tout sĂ©duit. Ce nâest pas juste une course : câest une aventure. Et trĂšs vite, une lĂ©gende.
Photo : Catherine et Michel Poletti, fondateurs de l’UTMB.

Chamonix, capitale mondiale du trail
Pendant la semaine de lâUTMB, Chamonix se transforme. Des banderoles multicolores dĂ©corent la ville, les boutiques dâoutdoor font le plein, les bĂ©nĂ©voles sâaffairent partout, et les coureurs sâĂ©chauffent dans les rues. On y parle toutes les langues. On y vibre Ă chaque arrivĂ©e. Chamonix devient un lieu de pĂšlerinage, un carrefour oĂč se croisent les Ă©lites du sport et les amateurs passionnĂ©s.
Quelques chiffres sur l’Ă©vĂšnement :
En 2025, des records d’inscrits ont Ă©tĂ© franchis, avec prĂšs de 25 000 demandes. Sachant que la course mĂšre aura 2500 coureurs au dĂ©part, c’est dire si le succĂšs de la course dĂ©passe l’ambition premiĂšre de ses organisateurs.
Sur la CCC (101 km, 6 050 m D +), plus de 6 000 demandes ont Ă©tĂ© formulĂ©es pour quatre fois moins de dossards disponibles. Et pour l’OCC (57 km, 3 500 m D +), l’organisation a reçu 10 000 demandes pour 1 500 dossards. En tout, 25 000 demandes ont Ă©tĂ© enregistrĂ©es sur les trois finales UTMB World Series (source : UTMB).
Pour la ville et la vallĂ©e, lâUTMB nâest pas quâun Ă©vĂ©nement : câest une vitrine, un moteur Ă©conomique, et un marqueur dâidentitĂ© locale.

Un événement devenu un écosystÚme humain et sportif
Au fil des annĂ©es, lâUTMB a grandi. Autour de la course reine se sont greffĂ©es d’autres Ă©preuves : la CCC, la TDS, lâOCC, la PTL, la MCC, la YCC⊠une vĂ©ritable semaine du trail pour tous les profils, du jeune coureur au vĂ©tĂ©ran chevronnĂ©.
Aujourdâhui, lâorganisation mobilise plus de 2 000 bĂ©nĂ©voles. Les mĂ©dias couvrent lâĂ©vĂ©nement en direct. Les marques outdoor y lancent leurs nouveautĂ©s. LâUTMB nâest plus un simple rendez-vous sportif : câest un Ă©cosystĂšme.
Evidemment, tout cela a un prix : Environ 400 euros pour un dossard. Mais le tarif comprend l’entiĂšretĂ© des ravitaillements, les accessoires, les repas et les animations, mais aussi et bien sĂ»r, la sĂ©curitĂ© assurĂ©e autant par les bĂ©nĂ©voles que par prĂšs de 400 membres du corps mĂ©dical. Un coĂ»t, oui, certes pas donnĂ© Ă tous, mais d’un autre cĂŽtĂ©, celui-ci permet Ă©galement de sĂ©lectionner les coureurs les plus investis dans le challenge.

Lâinternationalisation : naissance de lâUTMB World Series
Cette internationalisation est un tournant. Des courses estampillĂ©es « by UTMB » voient le jour en ThaĂŻlande, au Mexique, en Australie, aux Ătats-Unis⊠Lâobjectif est clair : faire de lâUTMB un label global, comme lâest lâIronman dans le triathlon. Et pour beaucoup, cette ouverture Ă lâĂ©chelle mondiale permet de dĂ©mocratiser encore davantage le trail.
Pour se dĂ©velopper Ă l’Ă©tranger, l’UTMB Group a nouĂ© un partenariat en 2021 avec l’entreprise amĂ©ricaine Ironman, spĂ©cialisĂ©e dans les triathlons longue distance et devenue actionnaire du groupe haut-savoyard. Ensemble, ils ont montĂ© un circuit de trail Ă l’international appelĂ© « UTMB World Series ».
Mondialement, dans 26 pays, une cinquantaine de courses filles sont nĂ©es depuis la crĂ©ation de l’UTMB.

Une marque, une culture, une communauté
Au-delĂ de lâaspect sportif, lâUTMB vĂ©hicule une vĂ©ritable culture : celle du dĂ©passement de soi, du respect de la montagne, de la solidaritĂ© entre coureurs. Les rĂ©cits de finishers, les images dâarrivĂ©es sous les acclamations, les larmes de joie et de fatigue font partie de la lĂ©gende.
Le logo UTMB est devenu un symbole, presque une mĂ©daille sociale dans la communautĂ© des traileurs. Et les marques outdoor sây associent avec soin : sâaligner sur lâUTMB, câest viser le sommet.

Ce que lâUTMB dit du trail aujourdâhui : entre mythe, marketing et culture de marque
En vingt ans, lâUTMB est passĂ© dâun Ă©vĂ©nement confidentiel Ă une marque mondiale dotĂ©e dâun univers fort. Et ce glissement raconte beaucoup de ce que devient le trail aujourdâhui.
đ§ Un sport de niche devenu produit culturel
Le trail, longtemps en marge puisque technique et spĂ©cifique dans sa pratique, est devenu un pilier du sport outdoor. Et lâUTMB en est le fer de lance. Les grandes marques ne sây trompent pas : câest lâarĂšne idĂ©ale pour mettre en avant produits, ambassadeurs, campagnes publicitaires. Le trail est aujourdâhui un style de vie visuel et Ă©motionnellement chargĂ©, mis en scĂšne dans des rĂ©cits de rĂ©silience et de libertĂ©.

đĄ LâUTMB comme storytelling vivant
Chaque coureur y devient un hĂ©ros potentiel. Lâorganisation, trĂšs habile, propose un rĂ©cit collectif oĂč chacun projette ses propres dĂ©fis. Les camĂ©ras suivent les Ă©lites comme les anonymes, les montĂ©es sont filmĂ©es au drone, les visages captĂ©s en gros plan. Câest du branding de lâeffort, Ă haute valeur narrative et virale.

đŻ Le trail Ă lâheure du branding global
Lâunivers UTMB est structurĂ© comme un label international : systĂšme de qualification gamifiĂ©, communication globale, Ă©vĂ©nements synchronisĂ©s. Tout cela rĂ©pond aux codes du branding sportif : crĂ©er de lâappartenance, fidĂ©liser, convertir les coureurs en ambassadeurs de marque.
đŁ Une course devenue un mĂ©dia
Avec le live streaming, les YouTubers spĂ©cialisĂ©s, les reportages officiels, lâUTMB est aussi un mĂ©dia. Il produit du contenu, façonne lâimaginaire du trail moderne, et inspire autant quâil fait dĂ©battre.
Conclusion
LâUTMB nâest plus seulement une course. Câest un rendez-vous, une lĂ©gende, une aventure collective. Un point de convergence entre rĂȘve personnel et mouvement global. Il incarne les tensions dâun sport tiraillĂ© entre nature et marketing, simplicitĂ© et spectacle.
Et pour beaucoup de traileurs, il reste un sommet à vivre, au sens propre comme au figuré.
Personnellement, j’associe encore beaucoup le trail comme une discipline rĂ©servĂ©e aux techniciens : pour la pratiquer, trĂšs modestement, la discipline est pointue, mais rapidement addictive.
Elle fait appel Ă l’enfant qui sommeille en nous, et allie parfaitement la course et la randonnĂ©e, ponctuĂ©e de pics d’adrĂ©naline et d’effort soutenu pour gravir chaque sommet. En tout cas, pour ma part, l’UTMB, ce ne sera pas pour tout de suite ! Mais le terrain de jeu qu’offre le trail en fait sans aucun doute l’un des sports dans lequel j’aime le plus me challenger.

La bise sportive.
Ana


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