Komoot, Strava, Fatmap…tout comme moi, tu as certainement déjà eu recours à ces apps te permettant de retracer toutes tes sorties et records personnels. Aujourd’hui, on analyse ensemble notre rapport aux applis et la relation qu’elles te permettent d’entretenir avec la nature.

Spoiler alert : ce texte est un débat ouvert, avec un parti-pris remettant en question l’omniprésence des applis outdoor. Il n’engage que mon point de vue personnel, à nuancer puisque je les utilise moi-même au quotidien.

Belle lecture !


“À gauche ou à droite ?”
Tu regardes le sentier, puis l’écran. Le panneau en bois au départ de ta rando, qui n’indique pas assez de données à tes yeux.

Deux tracés s’offrent à toi. L’un est balisé, documenté, noté par 128 utilisateurs Komoot. L’autre ? Plus sauvage, un peu effacé. L’itinéraire “hors réseau”, sans stats, sans certitude.

Un papi passe par là, bâtons en mains et sans aucun autre accessoires que ses sandales Quechua. Pendant un instant, tu te remets en question sur le « pourquoi tu fais cette sortie ». Mais ton téléphone qui vibre te sors de tes pensées.

Tu switches sur Fatmap. Le chemin recommandé, c’est l’autre. Celui des 128. Celui que tu décides d’emprunter, en ayant déjà réglé ta montre connectée avant de te lancer.


🧭 quand le numérique s’invite en pleine nature

Pendant longtemps, outdoor rimait avec imprévu.
Mais depuis quelques années, une nouvelle tribu s’installe dans les forêts, sur les crêtes et les GR : les applis de tracking.

Strava, Komoot, AllTrails, Fatmap, PeakVisor, Visiorando, Gaia GPS… ces plateformes ont explosé post-Covid, sur fond de désir de nature et de revalorisation du “proche”.

Elles promettent exploration, sécurité, partage.
Mais elles transforment surtout profondément notre notion de l’expérience.

On ne part plus seulement “en rando”. On “suit une trace”, on “tracke une sortie”, on “valide une boucle”.

On ne perd plus le nord : il est perfusé en 4G, superposé sur notre paysage.


🔁 L’outdoor augmenté : plus de liberté, ou plus de planification

Soyons clairs : ces outils sont puissants. Et aussi agréables que serviables.
Ils rendent accessible ce qui était réservé aux experts. Ils permettent de s’inspirer, de partager avec une communauté, et aussi de mesurer notre progression dans la pratique de nos sports favoris.
On découvre des coins invisibles, on compare des options, on anticipe les dénivelés, on se met en condition depuis le canapé jusqu’aux sommets. C’est rassurant.
Mais parfois, c’est peut-être trop. Trop carré. Trop calibré. Trop « optimisé ».

L’imprévu devient optionnel. Le détour devient une faute.
On a la carte, l’altitude, la météo, le pourcentage de pente, le nom du sommet en surimpression. On sait. Avant même d’y être.

La nature devient lisible… mais un peu moins sensible.


🎮 Gamification du paysage : marcher, mais scorer

C’est l’autre bascule. La pratique outdoor devient mesurable. Et donc moins spontanée.

As-tu déjà pensé : “Si cette rando n’est pas dans mon historique, est-ce que je l’ai vraiment faite ?”

Sur Strava, on valide des segments, on bat des records, il pleut des Kudos. Sur Komoot, on collectionne les badges. Même marcher devient une preuve sociale.

C’est grisant, mais aussi un peu glissant. On choisit parfois une rando non pas parce qu’elle nous attire…Mais parce qu’elle est “dans le top 10 des randos autour de moi à 4,6 étoiles”. Un peu comme un Netflix de la montagne, finalement.

Et c’est là que le débat peut commencer : parce qu’il n’y a rien de plus effrayant que de penser qu’on randonne / court / ou qu’on pratique toute autre activité en fonction de sa notation. On sélectionne, on ne s’informe plus soi-même. On va « faire comme l’autre » et on ne regarde plus vraiment autour de nous.


🌿 Réconcilier pixels et cailloux

Faut-il tout (re)jeter ? Bien sûr que non. Mais peut-être ralentir un peu. Et lâcher les montres connectées, de temps en temps.

Reprendre le contrôle sur ce que la tech nous a offert. Désactiver les notifs. Désactiver parfois la trace. Et pas seulement parce qu’on a pas fait une perf’, mais aussi parce qu’on peut ce dire que ce qu’on ne poste pas existe quand même.

Peut-être que la meilleure appli outdoor, c’est celle qui te sert à t’éloigner d’elle-même.
Une technologie bien conçue ne t’enferme pas. Elle t’ouvre. À la nature. À l’écoute. À l’errance. À ce qui ne se mesure pas.

L’aventure n’est pas un itinéraire : c’est le doute. Et ce doute, c’est une expérience qu’un GPS ne captera pas.

Mais c’est peut-être ce qui rend ta sortie plus intense et mémorable, au fond.


💬 En résumé

✍️ Conclusion : Et si on se redirigeait aussi vers ce qu’on ne sait pas encore ?

Les applis ont rendu l’exploration plus sûre, plus riche, plus partageable. Et la construction de communautés qu’elles génèrent est une bénédiction pour la découverte et la mise en commun d’informations.


Mais elles ne remplaceront jamais ce moment fragile où l’on doute. Où l’on improvise.
Où l’on regarde, non pas l’écran, mais ce qui nous dépasse. Alors, parfois, repensons au fait que l’aventure commence peut-être là où le tracé s’arrête.

Et que ça, aucune app ne peut le planifier.

Et toi, tu utilises les applis dans quel objectif ? Dis-moi en commentaires et donne-moi ton avis !

Annecy soit-il 💚

Ana

Vous en pensez quoi, vous ?